À la une, Actualités - janvier 16, 2019 8:00

Professeur Claire Mounier-Vehier : «Le niveau d’activité physique chez les enfants et les adolescents est alarmant »

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Présente lors du championnat de France UNSS MGEN de cross à Bordeaux le 26 janvier, la fédération française de cardiologie veut sensibiliser les jeunes et moins jeunes sur la lutte contre les maladies cardio-vasculaires. Sa présidente, professeur au CHU de Lille, Claire Mounier-Vehier a gentiment accepté de nous présenter la fédération.

 

En quoi consiste la fédération française de cardiologie ?

 

La Fédération Française de Cardiologie est la première association de lutte contre les maladies cardio-vasculaires. Créée en 1963 et reconnue d’utilité publique depuis 1977, elle est présente partout en France, à travers un réseau de 26 associations régionales de cardiologie. Elle regroupe :

240 Clubs Cœur et Santé,

300 cardiologues bénévoles,

1 600 bénévoles,

20 salariés au siège de l’association,

17 000 cardiaques bénéficiaires de la réadaptation dite de phase III.

La FFC mène ses actions sans subvention de l’Etat. Ses moyens financiers proviennent exclusivement de la générosité du public et ses dirigeants sont tous des bénévoles (cardiologues et patients).

 

Comment se déroulent les différentes missions de la FFC ?

 

La Fédération Française de Cardiologie s’investit dans quatre missions prioritaires :

– Informer pour prévenir

Grâce à des opérations d’information d’envergure, la FFC sensibilise les Français aux dangers des maladies cardio-vasculaires et aux moyens de s’en prémunir. Elle diffuse gratuitement chaque année plus de 3 millions de documents de prévention, également téléchargeables sur le site www.fedecardio.org. La FFC organise chaque année les Parcours du Cœur, plus gros événement de prévention santé de France sur un week-end. Ils ont mobilisé 950 villes de France, 14 000 classes de 2 600 établissements scolaires et plus de 600 000 participants en 2018. La FFC est aussi sur Facebook et Twitter.

– Financer la recherche cardio-vasculaire

Elle a rendu possible des progrès technologiques spectaculaires ces vingt dernières années, permettant de sauver de nombreuses vies. La FFC a consacré en 2017 plus de 2 M€ pour financer des projets de recherche : bourses par équipe et pour aider de jeunes chercheurs ; bourses de  recherche épidémiologique, analysant les pratiques à grande échelle. La FFC est le premier financeur privé de la recherche en France, hors laboratoires pharmaceutiques.

– Aider les cardiaques à se réadapter

230 Clubs Cœur et Santé sont parrainés par des cardiologues et animés par des bénévoles. La prévention secondaire des maladies cardio-vasculaires est encore très perfectible en France, seule une minorité de malades qui en relèvent étant adressée aujourd’hui dans les structures spécialisées.

– Apprendre les gestes qui sauvent

50 000 personnes décèdent chaque année de mort subite. Chaque minute qui passe avant l’arrivée des secours, c’est 10 % de chances de survie en moins, sauf si un témoin sait pratiquer « les gestes qui sauvent ». La FFC sensibilise les Français à accomplir l’acte citoyen de se former.

 

Vous collaborez désormais avec l’UNSS. Cela vous semblait-il finalement logique puisque vous étiez déjà en collaboration avec pas mal de fédérations sportives ?

 

Nous ne pouvons rien faire seuls et nous voulons fédérer autour de nos actions l’ensemble des acteurs du sport, de l’éducation et de la santé. Pour cela, nous proposons un exceptionnel événement collaboratif : le Parcours du Cœur. Il est devenu un véritable mouvement collectif au service de la prévention santé, avec 600 000 participants dans toute la France en 2018. 14 000 classes issues de 2 500 établissements scolaires y ont participé. La Fédération Française de Cardiologie leur propose d’organiser un événement autour d’une ou plusieurs activités physiques, effectuées en commun, sans esprit de compétition. Nous apportons à cette occasion aux participants des informations et des conseils sur la façon de prendre soin de leur santé cardio-vasculaire, à tous les âges de la vie. Le but immédiat est de reconnecter les Français avec un effort physique régulier, en leur montrant qu’il peut être source de plaisir, contribuant à combattre le surpoids et le stress… Puis de les amener à faire évoluer leur mode de vie en diffusant des messages d’information et de prévention. C’est d’autant plus important pour les collégiens et les lycéens, qui construisent leur capital santé pour demain !

 

Sensibiliser, prévenir la jeunesse, est-ce une des clés des programmes que vous proposez ? 

 

Oui, c’est essentiel. Le niveau d’activité physique chez les enfants et les adolescents est alarmant. Depuis 40 ans, les jeunes de 9 à 16 ans ont perdu 25 % de leur capacité physique*. C’est-à-dire qu’ils courent moins vite et moins longtemps. En moyenne, un collégien courait 600 mètres en 3 minutes en 1971. Il lui en faut aujourd’hui 4 pour la même distance. Cette évolution est liée à la progression de la sédentarité chez les jeunes, elle-même en phase avec le développement du surpoids et de l’obésité. L’OMS recommande aux 5-17 ans de pratiquer 60 minutes d’activité physique par jour afin de renforcer leur capital santé cardio-vasculaire. Ce niveau est loin d’être atteint en France, où les enfants de 3 à 17 ans passent en moyenne 3 heures par jour devant des écrans, moyenne qui monte à 6 h le week-end.

*Publications du Dr Grant Tomkinson, University of South Australia, Adelaide, 2006 et 2013

 

Pouvez-vous nous poser un regard éclairé sur le nombre de décès en France dû à des accidents cardio-vasculaire ?

 

Les maladies cardio-vasculaires tuent sans prévenir, mais ne frappent pas par hasard ! Elles sont des maladies du mode de vie… La prévention doit devenir culturelle en France. Elle est à initier dès l’enfance, en insistant sur les mesures d’hygiène de vie optimales, en impliquant les parents, les enseignants et les professionnels de santé. Les maladies cardio-vasculaires ne sont pas une fatalité. Nous ne devons pas attendre d’être malades pour prendre soin de nous, nous sommes tous des acteurs de notre santé.

 

On évoque souvent l’alimentation comme l’une des causes de problèmes cardio-vasculaires. Est-ce une vraie problématique ou un faux procès ?

 

Une alimentation équilibrée est un vecteur essentiel de bonne santé, d’autant plus qu’elle est associée à une activité physique régulière. Privilégier les fruits et les légumes, manger peu salé, éviter l’excès de graisses et de sucres constituent le meilleur moyen de protection contre le cholestérol, le diabète ou l’obésité. Des aliments trop riches en graisses ou en sucres, des repas irréguliers et peu variés, le grignotage conduisent inévitablement à l’excès de poids. Nous devons apprendre à nos enfants, dès le plus jeune âge, les bons comportements et les bons réflexes alimentaires. Ils préserveront leur « capital santé » tout au long de leur vie. Nous avons le devoir de les informer sur l’importance d’une alimentation saine et variée.

 

Le sport, notamment pratiqué jeune, reste t-il l’un des meilleurs remparts à tout souci cardio-vasculaire ?

Bouger est absolument essentiel pour notre cœur. C’est une des clés pour prendre soin de sa santé, améliorer sa condition physique et rester en forme. Bouger plus, c’est mettre toutes les chances de son côté pour améliorer sa qualité de vie et diminuer les risques cardio-vasculaires. Les résultats de nombreuses études scientifiques montrent que plus le temps passé chaque jour en position assise est élevé, plus courte est l’espérance de vie… Aucune tranche d’âge n’est épargnée et les enfants comme les adolescents sont particulièrement concernés.

L’activité physique est l’une des préventions les plus efficaces. Pour les adultes, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande au moins 30 min/jour d’activité physique modérée (marche soutenue 6-7 km/h) au minimum 5 jours par semaine ou au moins 25 minutes par jour d’activité physique intense 3 fois par semaine. L’activité physique régulière améliore également la façon dont les muscles utilisent le sucre (diminuant ainsi le risque de diabète) et augmente le « bon » cholestérol, deux effets bénéfiques pour éviter l’encrassement des artères. Marcher ne coûte rien, ne nécessite aucun équipement particulier, seulement un léger changement dans nos habitudes. Il est également important d’amener les jeunes à se faire plaisir en faisant du sport. Ceux qui veulent aller plus loin pourront aussi trouver une satisfaction dans le dépassement d’eux-mêmes à travers la compétition, qui les aidera à s’épanouir.

 

LIENS :

 

Site de la fédération française de cardiologie

Ville de Bordeaux

UNSS Bordeaux

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