À la une - octobre 19, 2018 9:00

Nathalie Costantini : « L’association sportive est le cœur de nos actions quotidiennes »

Publié par

 

Nouvelle directrice de l’UNSS depuis le 26 septembre dernier, madame Nathalie Costantini a gentiment accepté de nous confier ses premières impressions à la tête de la fédération sportive scolaire. Elle évoque avec nous les grandes lignes de sa politique et sa vision du sport scolaire.

1°) Madame Costantini, vous avez pris vos fonctions à la tête de l’UNSS il y a un peu moins d’un mois. Quelles sont vos premières impressions en tant que directrice nationale ?

J’ai déjà pu assister à pas mal de manifestations, de conférences, d’évènements sur Paris et en région.  La première impression qui ressort, c’est que l’UNSS est une véritable fourmilière avec des gens qui sont très actifs. Du coup, quelqu’un de non avisé pourrait avoir beaucoup de mal à bien circonscrire tous les champs d’intervention du sport scolaire tellement celui-ci est vaste. Vous faîtes un comité de pilotage sur les Jeux Olympiques Génération 2024, vous avez des représentants du sport scolaire qui sont présents, même chose lors d’une conférence ou lors de la rencontre d’un médecin où le sport scolaire est valorisé. Vous faîtes la Journée Nationale du Sport Scolaire et vous vous rendez compte qu’il y a énormément de pratiquants et d’activités développées. Si j’avais un mot à dire, ce serait : le sport scolaire, c’est de la multi-activités, une multitude de personnes, une multiplicité de rencontres.

2°) Vous êtes la deuxième femme à devenir directrice de l’UNSS. Est-ce anecdotique pour vous ?

Normalement, dans notre société, cela devrait être anecdotique. On devrait considérer ça, non pas comme quelque chose liée au genre mais liée aux compétences. J’espère que c’est ainsi que les choses ont été envisagées. Maintenant, on se rend bien compte qu’il existe plus de personnels hommes que femmes qui ont pris ce poste dans l’histoire de l’UNSS. On peut faire des raccourcis et se dire qu’il y avait peut être moins de femmes qui postulaient sur ce poste. En tout cas, je suis heureuse de participer à cette lisibilité de la place des femmes à des postes à responsabilité. A ce titre, je dirais que ce n’est pas anecdotique. Tant mieux si enfin une deuxième femme peut prendre la direction nationale de l’UNSS.

2°) Quelles sont les premières choses qui vous ont marqué lors de votre prise de fonction le jour de la JNSS (Journée Nationale du Sport Scolaire) ?

J’ai été marquée par la sérénité dans laquelle la journée s’est déroulée. Il y avait 1400 enfants présents sur Paris ce jour-là réunis et globalement, on ne s’en est pas rendu compte. Cela est dû au travail des cadres de l’UNSS qui sont de vrais professionnels et qui avaient tout anticipé pour permettre de vivre une telle journée. Je pense aussi que la manière dont le sport scolaire propose ses activités aux jeunes est de nature à mettre en avant ces notions de respect, de partage, d’échange, de rencontres.

3°) Vous avez déjà fait de nombreux déplacements (Nantes, Lyon) et signature de convention (PSG Handball). Comme cela s’est-il passé ?

Il s’agissait de choses de nature totalement différentes. C’est une bonne illustration de ce que je vous disais au début, je me rends compte que tout est très bien engagé et que du coup, les bases sont solides pour pouvoir infléchir ou poursuivre des orientations sur lesquelles mon prédécesseur a forcément agi à des degrés différents. Quand on doit s’engager sur une multitude de sujets, on ne peut pas tout faire en même temps. On sait bien que choisir, c’est renoncer. Pour ce qui concerne les visites dans les territoires, je me rends compte avec beaucoup d’acuité, qu’il y existe une nécessité de conceptualiser la réflexion autour du sport scolaire. Les régions ne sont pas du tout les mêmes, les fonctionnements diffèrent, les partenariats ne sont pas tous au même niveau. Il est très bien de pouvoir laisser fonctionner les régions à leur allure. Il ne serait pas intéressant d’imposer un rythme qui soit le même pour tout le monde. Evidemment, il existera des objectifs à atteindre car ce sont des objectifs éducatifs de l’école. Il faut toujours se souvenir que l’on parle de sport scolaire. Il est donc essentiel de montrer qu’il y a une permanence entre tout ce qui peut se faire dans les différents temps, les différentes disciplines à l’emploi du temps et ce qui se fait dans le cadre du sport scolaire.

La signature de convention avec le PSG Handball est vraiment quelque chose que je voudrais développer car on a toujours tendance à vouloir opposer les services publics et le monde privé. On ne met pas non plus les mêmes caractéristiques sur le sport amateur et le sport professionnel. Je crois que dans une idée éducative, il est important pour nous de permettre à nos jeunes, de voir et d’évoluer dans ces différentes modalités de pratique du sport. J’aimerais beaucoup que nous puissions travailler cette année sur les métiers du sport qui ne sont pas que sur la pratique. Je souhaiterais que nos jeunes licenciés puissent bénéficier des avantages que nous procurent nos partenaires en se rendant dans leurs structures pour découvrir des métiers. A l’image du PSG Hand qui est une véritable entreprise avec une multitude de métiers que les jeunes n’imaginent même pas de l’extérieur. Le prétexte, qu’est le sport, peut permettre d’engendrer n’importe quelle profession. Cela peut être un moteur pour des jeunes qui ne se sont pas projetés professionnellement parlant.

4°) Quelles sont les grandes orientations que vous aimeriez mettre en place dans les prochains mois ?

Mon premier souhait est de faire de l’association sportive le cœur de nos actions quotidiennes. En disant cela, je me tourne vers les cadres UNSS, mais j’aimerais échanger sur ce sujet avec les chefs d’établissement afin que l’AS devienne, aussi pour eux, le cœur de la dynamique construite dans l’établissement scolaire. Que ce soit vraiment un générateur de ressources humaines. Cela aurait pour effet de fédérer davantage, d’imbriquer encore plus les actions au sein de l’établissement scolaire et du coup, que cela prenne plus de sens pour les jeunes. Mettre l’AS au cœur des réflexions est quelque chose qui me semble très important. Le deuxième axe concerne tout le travail autour de la gouvernance pour accompagner les équipes à inclure le sport scolaire dans les objectifs prioritaires des nouvelles régions académiques. Pouvoir ainsi garantir, avec les cadres déjà en place, une réorganisation qui sera de nature à permettre aux régions académiques d’avoir le sport scolaire comme moteur d’une partie des actions qui seront engagées. Le troisième axe est de poursuivre le travail entrepris par Laurent Petrynka sur l’international. En désignant tout le travail autour les Jeux Olympiques mais en y associant de manière plus explicite l’ensemble des jeunes qui sont licenciés à l’UNSS. En créant avec l’AEFE, des échanges avec des établissements des différentes académies, de pouvoir travailler sur des projets culturels, de santé en lien avec la connaissance de différents pays, cela permet au sport scolaire d’être un outil au service de la construction de la citoyenneté internationale. Le dernier point tourne autour de l’orientation afin de favoriser tout l’engagement de nos jeunes, dans la pratique évidemment, mais aussi dans l’engagement associatif. Je souhaiterais investir le champ de l’orientation pour que les engagements des jeunes (jeunes reporters, jeunes organisateurs, etc..) soient de nature à les faire réfléchir sur leur avenir professionnel et puissent être valorisés dans le cadre de la réflexion sur Parcoursup.

Aujourd’hui, il existe une valorisation de la note d’EPS pour les élèves de terminale ayant fini sur un podium national. Pensez-vous qu’il faille aller plus loin ?

Je pense qu’il était très important de le faire à un moment donné. Les dynamiques font que parfois on revient sur quelque chose qui a été fait pour faire autre chose parce que le contexte est positif. On peut avancer autrement. Je pense qu’il était important pendant un temps de mettre une note pour valoriser les résultats, les performances. Aujourd’hui, je pense que cela ne rend plus aussi visible le travail de l’UNSS. Désormais, il vaut mieux que l’on puisse indiquer les compétences qui sont développées. Une note ne représente qu’un chiffre mais ne dit pas grand-chose des compétences de la personne.

5°) L’UNSS a connu sur les dernières années une progression constante du nombre de ses licenciés. Pensez-vous que l’on puisse aller beaucoup plus loin ?

Le sport scolaire a potentiellement un vivier de 12 millions d’élèves. On ne peut pas dire qu’il y a un seuil limite. Pour autant, on ne peut pas jouer du chiffre sans y associer de la qualité. De fait, cela participe à ce que je disais un peu plus tôt, les professeurs d’EPS, seuls, ne pourront pas absorber la totalité des élèves. Il arrivera un moment où il va falloir que l’AS puisse drainer d’autres personnes, et c’est peut être le travail que nous avons à faire avec les parents notamment. Cela pourrait nous amener à réfléchir aussi sur la manière dont le sport scolaire pourrait bénéficier de compétences avérées, certifiées de personnels, autres que les enseignants, pour pouvoir s’associer à ce travail, que ce soit au niveau de la santé, de la pratique sportive, du coaching. Ce qui est très important, c’est que la qualité ne soit pas au détriment de la quantité. On sait très bien que le plus est l’ennemi du bien. J’aimerais que nous ayons toujours ça en tête pour que nous nous assurions que la responsabilité que nous engageons auprès des familles, auprès des enfants, auprès de tous les acteurs, soit toujours faite en toute sécurité, en pleine responsabilité. On ne doit jamais oublier que nous avons une dimension éducative très importante.

7°) Le 12 novembre prochain aura lieu une réunion pour les cadres de l’UNSS. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Il est important que je rencontre les cadres. J’arrive dans la structure, j’ai écrit aux cadres dès mon arrivée mais je pense que l’ADN du sport scolaire, c’est aussi et surtout la rencontre. Ce sera l’occasion d’exposer les grands axes de ma politique pour que nous puissions échanger. Cela va aussi me permettre de m’enrichir de leurs réflexions et de leurs souhaits. Nous aurons aussi un point autour de la gouvernance, de notre action autour des constructions des nouvelles régions académiques afin que nous puissions nous préparer à ça et anticiper. Il sera aussi évoqué le PNDS (plan national de développement du sport) puisque nous allons être dans la dernière année de l’existant. Il va falloir reconstruire le prochain. Enfin, comme nous sommes en début d’année, il y aura quelques points d’échéances qui seront également abordés.

8°) Si vous aviez un message à adresser à l’ensemble de la structure UNSS, lequel serait-il ?

Je suis très fière, au sens noble du terme, de pouvoir diriger cette structure. Le sport scolaire est une vieille dame qui a su passer le temps, les années. Elle doit être protégée car j’ai le sentiment que c’est une magnifique illustration de ce que doit être le service public. Je vais être très vigilante à l’image de notre structure. Le sport scolaire a la chance de faire parti du patrimoine du service public avec la chance d’avoir un public captif. C’est à nous de tendre la main vers le monde de la société civile et de pouvoir permettre à nos jeunes de cheminer sur un parcours fait de rencontres et pas fait de concurrence.