À la une - juin 23, 2017 10:41

Lavillenie : “Le sport, un vecteur d’émotions”

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Au cœur d’un emploi du temps chargé, Renaud Lavinellie a réussi à faire une place pour évoquer son rôle d’ambassadeur des championnats du monde d’athlétisme scolaire à Nancy (24-30 juin). Le recordman du monde du saut à la perche (6,16m) évoque ses souvenirs d’enfance liés à son sport favori. Il pose également son regard très pertinent sur l’évolution du monde du sport et de l’école.

 

Renaud, quel souvenir gardez-vous du sport pratiqué à l’école ?

laviRL : Quand j’étais au lycée, j’ai participé deux ou trois fois au championnat de France UNSS. Mais j’étais loin d’avoir le niveau pour disputer des championnats internationaux ! C’était tout de même une certaine fierté de pouvoir être présent aux championnats de France. Mais c’était compliqué d’y participer. Car on devait forcément faire ces championnats par équipe et non pas en individuel. Quand tu es dans un lycée où tu n’es que deux ou trois à avoir le niveau, tu ne peux pas participer à ce genre de compétition. C’est dommage. Il fallait aussi que le lycée joue le jeu.

 

Avez-vous participé à des championnats UNSS en plein air et en salle ?

RL : En individuel, j’ai fait les championnats de France en extérieur. En salle, en revanche, il fallait construire une équipe mixte avec un sauteur et un lanceur. C’était plus difficile de réunir tout le monde. Côté entraînement, le mercredi j’étais déjà dans mon club. Je n’étais donc pas avec l’équipe UNSS.

 

Selon vous, la place accordée au sport à l’école est-elle suffisante ?

RL : Le sport scolaire n’a eu que trop peu d’importance. Ce n’est pas avec deux ou trois heures par semaine que l’on peut se rendre compte de ce que l’on pourrait faire dans un sport. Personnellement, j’étais beaucoup impliqué dans ma discipline, la perche, lorsque j’étais au lycée. Je n’avais pas besoin de l’UNSS pour découvrir quelque chose. Mais dans les yeux des autres enfants, j’ai toujours vu que le sport à l’école était plutôt vécu comme une contrainte. Personnellement, j’étais super motivé pour faire du sport. Mais il n’y avait que quatre ou cinq personnes comme moi dans une classe de 25 élèves. C’est peu…

 

Quand on veut s’évader, on fait du sport

 

Comment résoudre ce manque de motivation ?

RL : C’est un problème politique de l’éducation nationale. Le sport devrait être instauré beaucoup plus tôt dans le cursus scolaire. Il faut ainsi sensibiliser dès le plus jeune âge. Le sport est bon pour la santé. Et ce n’est pas une parole en l’air. Bizarrement, quand on veut s’évader et penser à autre chose, on fait du sport. L’UNSS propose aussi de faire énormément d’activités différentes qui peuvent plaire à tout le monde en fonction des qualités de chacun.

 

L’accessibilité du sport au plus grand nombre par l’intermédiaire de l’UNSS joue-t-elle un rôle social ?

RL : Oui, mais il faut se retrouver dans des villes, des collèges ou des lycées où les professeurs jouent le jeu de l’UNSS. Ce n’est pas le cas partout. On est malheureusement dépendant des régions et des politiques internes qui font que l’on peut avoir des superbes installations ou tomber sur des personnes qui n’ont pas envie de s’investir. Et ça gâche potentiellement des talents qui ne sortiront pas.

 

Vous êtes parrain des championnats du monde d’athlétisme scolaire à Nancy, comment voyez-vous ce rôle et cette compétition ?

RL : Il ne suffit pas d’être un champion pour connaître parfaitement tout ce qui concerne sa discipline. Mais j’ai la chance d’avoir participé à des programmes UNSS. Je m’investis dans le milieu du sport et je pense me rendre compte de certaines failles dans le système. Et ce qui est important pour moi dans ce parrainage, c’est de pouvoir apporter une belle image afin de montrer que le sport scolaire est très important. C’était aussi l’occasion de souligner que l’on n’a pas tous les ans ce type d’événement en France.

 

Aujourd’hui, celui qui s’engage dans un sport est vraiment mordu

 

C’est aussi l’occasion de poser votre regard sur la jeunesse d’aujourd’hui. A-t-elle beaucoup changé par rapport à votre époque ?

RL : Elle a complétement changé ! En disant cela, j’ai l’impression d’être extrêmement vieux (rires). A l’époque, les réseaux sociaux n’existaient pas. Il n’y avait pas toutes ces facilités d’accès aux échanges. Ce qui faisait que l’on était un peu plus fidèle lorsque l’on s’engageait dans quelque chose. Aujourd’hui, ce n’est pas tant le fait de faire une activité qui va être important, c’est plus d’être dans l’effet de mode qui va devenir l’élément essentiel. C’est difficile aujourd’hui de fidéliser les jeunes dans une activité sportive.

 

Justement, cette nouvelle forme de sélection peut-elle élever le niveau des jeunes sportifs ?

RL : C’est vrai que celui qui s’engage dans un sport, il est vraiment mordu. Et il n’est pas là par hasard. Il y a effectivement une forme de sélection “naturelle” qui s’opère. C’est une sélection qui va dans le bon sens. Si on remonte quinze ans en arrière, certains jeunes n’avaient pas d’autres options que de rester dans tel ou tel sport. Aujourd’hui, on a aussi beaucoup plus d’informations qu’à l’époque. Quand ils restent faire un sport, ce n’est pas pour rien. Mais on perd en quantité de jeunes qui font du sport. Or, on sait que c’est par la masse de sportifs que l’on peut avoir du très haut niveau. On va manquer de densité.

 

La candidature de Paris pour les JO 2024 peut-elle amener plus de jeunes à s’intéresser au sport ?

RL : On a hâte de connaître le dénouement final de la candidature de Paris à ces jeux. C’est certain que ça va nous permettre d’utiliser ce levier très important si Paris est retenu. Car c’est un événement extraordinaire. Tous les amateurs de sport ont envie d’y participer. Et il n’y pas que les athlètes qui font ces JO. Il faut aussi penser à tous les bénévoles, tous les encadrants et les clubs sportifs qui vont devoir beaucoup s’investir parce que l’on a envie de bien représenter notre pays. Ça peut être un très bon vecteur de communication. C’est un moyen pour lier les jeunes et les moins jeunes au monde du sport.

 

Les JO restent un événement très fort

 

Dans une carrière, les Jeux Olympiques restent-ils le sommet du sport pour un athlète ?

RL : Oui, ça reste un événement très fort. Concernant les derniers Jeux de Rio, j’ai envie de passer à autre chose. Ça va faire un an maintenant que j’ai disputé ces JO et récolté ma médaille d’argent. Et il y a beaucoup de bonnes choses à venir. Il faut savoir avancer dans la vie.

 

Les championnats du monde en plein air débutent au mois d’août. C’est l’objectif le plus important cette saison ?

RL : C’est le seul grand titre qui me manque. Mais ce n’est pas parce que je n’ai pas cette compétition à mon palmarès que je suis plus motivé que pour d’autres compétitions. Je ne suis pas du genre à connaître des baisses de motivation en fonction des types d’épreuves. J’ai la chance d’être à un bon niveau pour prétendre à un podium. J’ai l’ambition de donner le meilleur de moi-même pour ce championnat et essayer de gagner la médaille qui me manque actuellement.

 

Après un début de saison gâché par une blessure, comment vous sentez-vous actuellement ?

RL : Il y avait des doutes pour savoir si j’allais pouvoir récupérer mon niveau rapidement. Mais je suis assez content de ce que je produis actuellement. C’est plus qu’encourageant. A l’entraînement, c’est très positif. Et le plus important maintenant, c’est de pouvoir arriver en forme au mois d’août pour les championnats du monde. Il reste un mois et demi pour monter en puissance. C’est de bon augure pour la suite.

 

Un dernier mot sur l’éclosion de plusieurs perchistes français à haut niveau, dont votre petit frère, Valentin ?

RL : C’est très bien pour notre discipline de pouvoir compter sur plusieurs bons perchistes. On a des gars qui peuvent prétendre disputer de grands championnats. C’est très bien.

 

LIENS :

 

Nancy, capitale de l’athlétisme

ISF