À la une, Actualités - avril 16, 2019 8:19

Collège Antoine de Saint-Exupéry, une AS en or

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A l’occasion des championnats de France de sport partagé escalade du 1er au 3 avril à Caen, les élèves du collège Antoine de Saint-Exupéry de Varennes-sur-Allier ont gravi les sommets. Deux ans après la naissance de “Partageons l’Alpinisme”, ce magnifique projet a abouti sur un titre national.

 

Les plus belles histoires naissent souvent d’une passion partagée. Thibault Billard, professeur d’EPS, est un passionné d’escalade et d’alpinisme. Il y a deux ans, avec Céline Bel, coordinatrice ULIS (unités localisées pour l’inclusion scolaire), ils ont décidé de créer une activité pour les élèves sur leurs heures de repas. C’est alors que le projet « partageons l’alpinisme » a pris corps pour permettre à une vingtaine d’élèves valides et en situation de handicap de découvrir l’escalade.

 

Depuis, les initiatives n’ont pas manqué. En parallèle avec l’AS escalade où le collège Antoine de Saint-Exupéry a pris la 4e place en 2017 puis la 2e place en 2018 au championnat sport partagé escalade, le projet « Partageons l’alpinisme », avec le même groupe d’élèves inscris à l’AS a finalisé un projet qui a permis l’ascension de deux sommets à plus de 3500m dans le massif du mont Blanc. En créant des cordées mixtes avec un élève valide et un élève porteur d’un handicap, tous ces participants ont su s’offrir un souvenir inoubliable gravé dans leur mémoire.

 

Pour suivre le blog de ce projet : https://ulis-college-varennes.jimdo.com/

 

Evidemment, il fallait à cette magnifique initiative, une sorte de cerise sur le gâteau. Même si comme nous le raconte Thibault, de nombreux autres projets vont se présenter dans les mois à venir, la victoire acquise cette année à Caen par l’AS du collège Antoine de Saint-Exupéry de Varennes-sur-Allier est un magnifique symbole. Elyse, élève de l’AS, a posté sur le blog son ressenti au moment d’un final haletant : « Arrive le dernier jour de la compétition. On devait monter un bloc et une voie où j’ai réussi mais ma coéquipière s’est un peu loupée. Puis vient le palmarès, le stress commençait à monter… On était 10 équipes participantes en sport partagé. On entendait 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4 et là on s’est dit qu’on était sur le podium et que déjà c’était un exploit ! Puis 3ème … et là persuadés de faire la médaille d’argent, l’oreille tendue on entend en 2ème … un autre nom d’établissement !! On a sauté de joie car nous avons compris que nous étions les gagnants ! L’étonnement, les larmes et cris de joie nous ont réunis. Nous sommes montés sur le podium, plus fiers que jamais. Puis nous sommes rentrés à Varennes le sourire jusqu’aux oreilles, remplis de bonheur. »

Au-delà de l’exploit sportif, c’est une véritable aventure humaine offerte à tous ces élèves. Thibault Billard, professeur d’EPS, accompagnateur en Montagne / qualification complémentaire VTT, a gentiment pris le temps de nous raconter cette aventure née en 2017.

 

Bonjour Thibault, comment est né ce projet sport partagé escalade ?

Il est né grâce à la loi sur l’augmentation de la pause méridienne en 2016. Effectivement, nous avons un dispositif ULIS (unité Localisé pour l’Inclusion Scolaire) dans notre établissement qui, avant cette date ne pouvait participer à l’AS au sein de notre établissement puisqu’il n’y avait des créneaux horaires que sur le mercredi. Les nombreuses contraintes en termes de transport, et surtout, les prises en charge médicale ce jour-là ne leur permettaient pas d’y participer. Avec cette nouvelle loi et l’augmentation de la pause méridienne nous avons pu ouvrir des créneaux AS sur le 12h30 – 14h toute la semaine.

Dès le début, les élèves d’ULIS se sont inscrits sur les créneaux AS sous la dynamique de leur coordinatrice Céline Bel. Par chance, l’escalade leur a plu et la première année 7 élèves de cette section ont participé de façon régulière à l’AS escalade.

Ayant déjà entendu parler du sport partagé chez nos voisins de Cusset, j’ai décidé de me lancer dans la création d’équipes Sport partagé. Cela consiste à créer des équipes constituées d’élèves valides et d’élèves porteurs d’un handicap.

Ce projet ne peut-être fait seul. Sans l’aide indispensable de leur coordinatrice Céline Bel et même d’une AESH  (Accompagnant des élèves en situation de Handicap) au début du projet, j’aurais été incapable de gérer tous ses élèves et leurs différents handicaps. Maintenant, Mme Bel s’est mise à l’escalade et connait les notions principales de sécurité pour pouvoir m’aider dans la mise en place du matériel. Il y a aussi ce lien important avec les familles qu’elle gère pour faire libérer les élèves sur certains mercredi après-midi. C’est vraiment un travail d’équipe.

 

Combien d’élèves sont concernés par ce projet ?

Aujourd’hui, 32 élèves sont concernés par notre projet dont 11 élèves en situation de handicap. Ce projet n’est viable que parce que l’ensemble des élèves adhèrent à notre façon de faire. C’est-à-dire que tous acceptent à un moment ou un autre de ne pas grimper pour assurer les élèves en situation de handicap.

Sur les derniers championnats départementaux, nous avons présenté 2 équipes en Sport Partagé et 1 en équipe établissement soit 15 élèves en comptant les jeunes officiels.

 

Pouvez-vous nous expliquer comment se déroule ce type de compétition ?

Aujourd’hui, les compétitions d’escalade en Sport Partagé se déroulent en même temps que celles pour les valides. Ceci n’a pas été simple à faire accepter au début à l’ensemble des collègues, plus par peur de la désorganisation des compétitions que du handicap. Maintenant, cela est devenu normal et en Auvergne, on a la fois des équipes Sport Partagé en collège et en lycée.

La nouvelle formule impose des équipes de 4 compétiteurs avec 2 élèves porteurs d’un handicap et 2 élèves valides. Il doit aussi y avoir la parité avec 2 filles et 2 garçons. La compétition est la même que pour les équipes établissement ou excellence avec un degré de difficulté en moins. Pour les élèves porteurs de handicap, il y a des compensations (coefficient plus important et prises supplémentaires selon le taux de handicap). Il y a aussi le jeune coach qui gère surtout les élèves porteurs d’un handicap et enfin le jeune officiel.

Je peux dire au regard des derniers championnats de France que le Sport partagé est totalement accepté (au moins en escalade) même s’il reste encore trop méconnu. Il peut aussi faire peur car nous manquons cruellement de formation sur tout ce qui concerne le handicap (moteur ou cognitif).

Vous êtes accompagnateur en montagne, professeur d’EPS. Le lien entre le monde scolaire et votre amour de la montagne est-il finalement une évidence ?

Bien sûr. Depuis le début que je suis enseignant d’EPS, je me suis toujours arrangé pour sortir les élèves du collège et les emmener découvrir le milieu montagnard d’une manière ou d’une autre. J’ai commencé par les voyages APPN organisés pour maintenant organiser mes propres voyages à travers des randos-raid sur plusieurs jours, puis des stages d’alpinisme dans le Sancy, dans les écrins ou comme dernièrement à Chamonix. Cela me permet de partager mes deux passions qui sont la transmission et la passion de la montagne. J’ai aussi eu la chance d’avoir passé différentes formations au sein de la Fédération Française de la Montagne et de l’escalade qui donne une certaine légitimité envers la direction et qui permet aussi de baisser le coût de ce genre de séjour.

 

 Quels sont les retours que vous avez depuis la création de ce projet il y a deux ans ?

Il y a plusieurs points positifs par rapport à ce projet car cela n’est plus seulement un projet d’AS. Il est maintenant devenu un projet d’établissement avec un très gros soutien de notre hiérarchie et de nos collègues enseignants.

Ensuite, il y a le regard des élèves de l’ensemble du collège qui a changé envers ceux d’ULIS car ils ont prouvé qu’ils étaient capables de faire comme les autres, et même bien plus que n’importe qui dans l’établissement (pour rappel, deux sommets à plus de 3500m et 2 titres de champions de France).

Il y a aussi la confiance en eux qui croit au fur et à mesure des années avec une relation de confiance entre ces élèves et ceux du groupe escalade. N’oublions pas que certains sont atteints de troubles autistiques et que le fait d’être dans un groupe leur est particulièrement difficile.

D’un point de vue personnel, j’ai l’énorme satisfaction de voir s’inscrire chaque année dans le club d‘escalade, où je pratique moi-même, 5 à 6 élèves du collège. Deux d’entre eux continuent également à faire de l’alpinisme avec moi dont un porteur de handicap.

 

 

LIENS :

Le blog de l’AS

 

SPORTMAG : le sport partagé toujours plus haut